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Les hommes qui ont fait avancer la Science dans le monde, d’après Pierre DESPROGES

Article publié le 15 mai 2012 | Laisser un commentaire.

Où il apparaît à l’évidence que tout homme plongé dans la Science subit une poussée de bas en haut susceptible de lui remonter le moral….

« Pierre et moi sommes infiniment peu primesautiers.

J’en arrive même à penser parfois que c’est pour pallier notre totale incapacité à rire que nous nous sommes plongés à corps perdu dans la recherche scientifique.

Au reste, quand bien même nous le voudrions, comment ririons-nous avec nos lèvres gercées par le radium ? »

Marie Curie à son oncle Skodowska

Photo : http://fr.wikipedia.org

S’il est une question que nous nous posons tous, c’est bien la suivante : vous vous demandez, je me demande, il ou elle se demande, nous nous demandons tous si, oui ou non, Nantes est bien en Bretagne.

La somme des recherches que votre serviteur a entreprises dans ce domaine est considérable, et pas seulement de lapin.

Pour savoir si Nantes et bien en Bretagne, nous allons procéder scientifiquement. Car c’est seulement de la Science que peut jaillir la lumière. Cela, nous le savons, et pas seulement de Marseille. L’homme de Science le sait bien, lui, que, sans la Science, l’homme ne serait qu’un stupide animal sottement occupé à s’adonner aux vains plaisirs de l’amour dans les folles prairies de l’insouciance, alors que la Science et la Science seule, a pu, patiemment, au fil des siècles, lui apporter l’horloge pointeuse et le parcmètre automatique sans lesquels il n’est pas de bonheur terrestre possible.

Sans la Science, misérables vermisseaux humains, combien d’entre nous connaîtraient Maître Capello ?  N’est-ce pas grâce aux progrès fantastiques de la Science qu’aujourd’hui l’homme peut aller en moins de trois heures de Moscou à Varsovie ?

Et s’il n’y avait pas la Science, malheureux cloportes suintants d’ingratitude aveugle et d’ignorance crasse, s’il n’y avait pas la Science, combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ?

N’est-ce pas le triomphe absolu de la Science que d’avoir permis qu’aujourd’hui, sur la seule décision d’un vieillard californien impuissant ou d’un fossile ukrainien gâteux, l’homme puisse en une seconde faire sauter quarante fois sa planète sans bouger les oreilles ?

Ce n’est pas moi qui l’affirme, Dieu me retourne, c’est Fucius qui l’a dit (et il avait oublié d’être con) : « Une civilisation sans la Science, ce serait aussi absurde qu’un poisson sans bicyclette ».

Aussi bien allons-nous procéder scientifiquement. Pour savoir si Nantes est bien en Bretagne, prenons une Nantaise. Une belle Nantaise. L’œil doit être vif, le poil lisse. Portons-là à ébullition. Que constatons-nous ? Nous constatons que la Nantaise est biodégradable. De cette expérience nous pouvons immédiatement tirer une conclusion extrêmement riche en enseignements, que je résumerai en une phrase : « Nantaise bouillie, Nantaise foutue ».

C’est prodigieusement intéressant, direz-vous, pour peu que vous soyez complètement tarés, mais cela ne nous dit pas avec précision si la Nantaise est bretonne, ou con, ou les deux.

Qu’à cela ne tienne.

Nous allons procéder à une deuxième expérience. Pour cette expérience, nous n’aurons pas besoin d’une Nantaise. Son petit chat suffira (quand je dis chat, je pense au minou, pas à la chatte). En effet, comme tout le monde le sait, les chats authentiquement bretons sont les seuls chats au monde qui transpirent. Si nous arrivons à démontrer que les chats de Nantes transpirent, nous aurons par la même prouvé au monde médusé par tant de rigueur scientifique que les chats de Nantes sont bretons. Or si les chats sont bretons, les Nantaises aussi, ou alors il y a de quoi se flinguer.

Donc prenons un chat nantais, que nous appellerons A  pour plus de commodité. A l’aide d’un entonnoir que nous appellerons Catherine, en hommage à Catherine de Médicis dont la contenance stupéfia son époque, et que nous lui enfonçons profondément dans la bouche, gavons-le de deux ou trois litres de White Spirit. Attention : la pauvre bête va souffrir atrocement, c’est pourquoi nous vous conseillons de lui couper préalablement les pattes ou de mettre des gants de cuir avant de commencer le gavage. Quand minou est gonflé de White Spirit, prenons un mérou, que nous appellerons François, parce que certains l’appellent François. Portons-le à ébullition. Tandis que le mérou bout, approchez-vous du chat. Enflammez une allumette. Que se passe-t-il ? Eh bien c’est simple, quand le mérou bout le chat pète, alors qu’au contraire, quand le chat bout, le mérou, pauvre animal…

Alors, alors, bande de nullités ignares, qu’est-ce que cela prouve scientifiquement ? Tout simplement, cela prouve à l’évidence que le chat nantais est bien un chat breton. Car si ce chat gavé d’essence explose près d’une flamme, cela prouve bien qu’il transpire, non ? Et s’il transpire, c’est qu’il s’agit bien, CQFD, d’un chat breton, car seules les chats véritablement bretons sont poreux, comme le souligne magnifiquement le splendide Hymne de la Bretagne libre :

Ils ont des chats poreux, vive la Bretagne.

Ils ont des chats poreux, vivent les Bretons.

Croyez-moi, seule la Science est digne de foi, et c’est par la Science que l’homme triomphera de ses misères.
Les deux tiers des enfants du monde meurent de faim, alors même que le troisième tiers crève de son excès de cholestérol. C’est scientifiquement que nous sauverons ces enfants, car il le faut, c’est un devoir sacré, il faut que ces enfants vivent. Il nous faut leur ouvrir nos bras et nos cœurs, il nous faut les accueillir maintenant, vite, et n’importe où, mais pas chez moi, il n’y a pas de place à cause du piano à queue.

Je voudrais saluer ici les hommes qui ont fait avancer la Science dans le monde.

Gloire à toi, Archimède, qui fus le premier à démontrer que, lorsqu’on plonge un corps dans une baignoire, le téléphone sonne.

Gloire à Li Yu Fang, qui inventa le thé au jasmin, et à Pythagore, qui inventa le thé au rhum.

Gloire à Galilée, qu’on torture pendant que Coper nique.

Gloire à Pasteur, qui combat les enragés, et à Roux, qui combat l’osier.

Je profite de cette digression panégyristique pour signaler aux éventuels disciples de Jean-Henri Fabre la récente découverte du Professeur William Stewart Kennedy, de l’université de Stanford, en Californie.

Après dix années passées à observer le comportement sexuel des mites des placards, cet éminent homme de Science nous révèle que si ces minuscules arthropodes se reproduisent exclusivement dans l’obscurité totale, ce n’est pas, comme on l’a cru longtemps, par pudeur ou timidité, mais parce que la porte du placard est toujours fermée. Certes, on peut sourire, mais en ce qui me concerne ? Si tant est qu’on doivent le respect aux savants dans un monde sans morale, j’aurai toujours plus de respect pour les enculeurs de mouches que pour les inventeurs de bombes à neutrons.

Source : Pierre DESPROGES : Vivons heureux en attendant la mort, aux Editions du Seuil (1983)

de Christine : Cet article à l’attention toute particulière de mon mari Patrice, de Jacques, de Yann et des autres qui apprécient l’humour noir et  parfois grinçant de Pierre DESPROGES qui a publié ce livre un peu avant d’animer en 1986 une chronique quotidienne intitulée « Chronique de la haine ordinaire« 

3 commentaires

  1. RZN8B5 a écrit:

    Voila ! une belle et profonde pensée purement scientifique !
     » c’est simple, quand le mérou bout le chat pète, alors qu’au contraire, quand le chat bout, le mérou, pauvre animal… »

    quel génie

  2. Jacques a écrit:

    La culture, c’est comme l’amour. Il faut y aller à petits coups au début pour bien en jouir plus tard…

  3. Christine♬♡ a écrit:

    Merci Jacques pour le commentaire,

    Ou comme a dit Jean Delacour : « La culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale »

    Desproges, lui, avait écrit : « La Culture, c’est comme un parachute : quand on en a pas on s’écrase »

    Bises – Christine

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