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Un couteau dans la poche …

Article publié le 14 juillet 2012 | Laisser un commentaire.

Pas un couteau de cuisine, évidemment, ni un couteau de voyou à cran d’arrêt. Mais pas non plus un canif. Disons, un opinel n° 6 ou un laguiole. Un couteau qui aurait pu être celui d’un hypothétique et parfait grand-père.  Un couteau qu’il aurait glissé dans un pantalon de velours chocolat à larges côtes…Description : http://crocduloup.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gif

la premiere gorgee de biereUn couteau qu’il aurait tiré de sa poche à l’heure du déjeuner, piquant les tranches de saucisson avec la pointe, pelant sa pomme lentement, le poing replié à même la lame.

Un couteau qu’il aurait refermé d’un geste ample et cérémonieux, après le café bu dans un verre – et cela aurait signifié pour chacun qu’il fallait reprendre le travail.

Un couteau que l’on aurait trouvé merveilleux si l’on était enfant : un couteau pour l’arc et les flèches, pour façonner l’épée de bois, la garde sculptée dans l’écorce – le couteau que vos parents trouvaient trop dangereux quand vous étiez enfant.

Mais un couteau pour quoi ? Car l’on n’est plus au temps de ce grand-père, et l’on n’est plus enfant. Un couteau virtuel, alors, et cet alibi dérisoire :

– mais si, ça peut servir à plein de choses, en promenade, en pique-nique, même pour bricoler quand on n’a pas d’outil …

Ça ne servira pas, on le sent bien. Le plaisir n’est pas là. Plaisir absolu d’égoïsme : une belle chose inutile de bois chaud ou bien de nacre lisse, avec le signe cabalistique sur la lame qui fait les vrais initiés ; une main couronnée, un parapluie, un rossignol, l’abeille sur le manche.

Ah oui, le snobisme est savoureux quand il s’attache à ce symbole de vie simple. A l’époque du fax, c’est le luxe rustique. Un objet tout à fait à soi, qui gonfle inutilement la poche, et que l’on sort de temps en temps, jamais pour s’en servir, mais pour le toucher, le regarder, pour la satisfaction benoîte de l’ouvrir et de le refermer. Dans ce présent gratuit le passé dort.

Quelques secondes on se sent à la fois le grand-père bucolique à moustache blanche et l’enfant près de l’eau dans l’odeur du sureau. Le temps d’ouvrir et refermer la lame, on n’est plus entre deux âges, mais à la fois deux âges – c’est ça, le secret du couteau. 

De Christine♬♡ : 

Un grand merci à l’auteur Philippe DELERM, qui nous fait partager un de ses récits publiés dans le petit ouvrage intitulé « LA PREMIERE GORGEE DE BIERE et autres plaisirs minuscules » publié chez Gallimard et qui m’inspire quelques souvenirs qui parleront à certains, j’en suis persuadée …

Nous sommes sur les bords de la Laïta, une jolie rivière de Bretagne dans le Finistère dans les années 60, peut-être 1965, j’avais environ 10 ans et le dimanche, nous partions avec mes frères et sœur et mes parents pique-niquer sur le rivage avec nos grands-parents et notre « tonton Eugène ». 

Nous nous trouvions à proximité de l’embouchure et lors de la marée descendante, l’odeur du goémon et le vol des mouettes nous rappelaient que la mer n’était pas loin. 

Après avoir choisi un « bon emplacement », le plus souvent à côté d’un rocher qui faisait office de table, nous installions les chaises de camping  pour Pépé et Mamie et papa amenait péniblement la glacière chargée de boissons et cochonnailles diverses. 

Maman étalait le torchon sur le rocher et mamie installait le gros pain sur sa poitrine (bien calé) et après avoir fait le signe de croix sur le pain découpait de grosses tranches à chacun. 

Pépé, quant à lui, sortait son mouchoir propre à carreaux, le dépliait sur ses genoux serrés avant de sortir son couteau qu’il ouvrait religieusement. Après avoir essuyé la lame sur la mie, il tartinait de « pâté Henaff » la belle rouelle avant d’en découper des morceaux avec son outil tranchant pour la manger plus facilement à cause de son dentier… 

Eh oui, c’est aussi dans un verre qu’il prenait son café après avoir bien essuyé ledit couteau qu’il rangeait dans la poche de son pantalon de velours. 

Après avoir déplié son journal, il s’adossait au rocher, puis recouvrait son visage du quotidien et entamait une bonne sieste pendant que nous les enfants pataugions sur le bord de l’eau à la recherche de quelques palourdes oubliées ou de petites crevettes restées prisonnières des flaques d’eau saumâtre. 

Je le revois encore, sa casquette plate en avant qui cachait à demi ses beaux yeux bleus et les tâches de couperose sur ses joues minces, sa chemise à carreaux toujours bien fermée, son gilet gris sans manche par-dessus et surtout ses sandales en été avec les chaussettes en dessous …. Je pense à toi pépé ! tu es toujours dans notre cœur …

Moi aussi j’ai acheté un très beau couteau pour mon mari, qui le regarde de temps en temps, sans l’utiliser, on se demande pourquoi …. Christine♬♡  

6 commentaires

  1. Gandalf a écrit:

    Oui,je le regarde de temps en temps ce beau couteau,j’y tient beaucoup,un peu comme on est attaché à une belle arme,bien au-delà de son utilité première.

  2. Christine♬♡ a écrit:

    – je le savais …

  3. bécheressoise a écrit:

    chez nous c’est un petit couteau pour aller chercher les cèpes !

  4. Christine♬♡ a écrit:

    Réponse à bécheressoise ; Un couteau dans la poche …
    – Et alors ? tu en trouves des cèpes ? trop de la chance, Hum c’est bon en petite fricassée ….

  5. Ninick a écrit:

    Que de souvenirs…
    Je revois encore Pépé ouvrir son couteau d’un air satisfait, puis ayant mangé, faisant la sieste derrière son journal.
    Et puis aussi Porsach où l’on se baignait, sur la plage qui semblait nous appartenir, tellement nous la connaissions, rentrer en remontant le sentier un peu raide…

  6. Christine♬♡ a écrit:

    Merci Ninick pour ton post,
    Je suis certaine que cet ouvrage « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » de l’auteur Philippe DELERM te ravirait.
    Gros bisou, à bientôt

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